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Les pleurs du tout petit – colloque Zo&Ki

Posté le 20-10-2015

Lors du colloque du 28 septembre 2015 organisé par notre partenaire Zo&Ki, le thème « Les pleurs du tout petit : sortir du silence » a été traité par Eric Binet, psychologue clinicien, psychothérapeute, Docteur en Sciences de l’Education, chargé de cours à l’Université Paris V. Il intervient depuis plus de quinze ans en formation continue dans le champ de la petite l’enfance. Il est l’auteur de nombreuses publications. Voici un petit résumé de son intervention très intéressante.

La thématique des pleurs de la petite enfance est un sujet passionnant au coeur des pratiques des professionnels de la petite enfance, malheureusement il n’est pas ou rarement abordé dans les formations initiales des professionnels de la petite enfance.

La connaissance que l’on a sur ce sujet est plus une connaissance subjective (tirée de notre expérience personnelle), qu’objective (connaissances liées aux formations reçues).

Alors quelle compréhension des pleurs avons-nous ? Comment les accompagner? Comment intervenir pour que le petit, les parents et les professionnels de la petite enfance soient les plus heureux possible ?

Nous parlerons des pleurs inexpliqués qui représentent 70% des pleurs du tout petit.

1- De quoi le bébé a-t-il besoin pour grandir et s’épanouir ?

Il est important de revenir dans un premier temps sur les besoins fondamentaux d’un bébé :

Se sentir aimer : les touts petits ont besoin de se sentir aimer pour pouvoir se développer.

Développer son authenticité : ses goûts, ses qualités, ce qui le rend heureux. Les bébés découvrent peu à peu ce qu’ils aiment. Ils ont besoin de développer leur authenticité et les professionnels de la petite enfance remarquent et soulignent très vite ce que les enfants préfèrent : tel jouet, tel chanson. Soulignez ces aspects de la personnalité de l’enfant permet de le valoriser.

Développer son sentiment de responsabilité par rapport à lui-même et aux autres : même chez les tout petits. Par exemple, un enfant qui tête le sein de sa mère et le mord, a besoin de sentir qu’il fait mal à sa mère. Si sa mère le lui exprime, il aura ce sentiment de responsabilité et stoppera de mordre le téton.

Il est essentiel de comprendre que, dans notre manière de réagir face aux pleurs du tout petit, nous leur apprenons beaucoup de choses.

2- Quelles sont nos représentations personnelles et collectives des pleurs d’un bébé ?

Dans l’imaginaire collectif, les pleurs traduisent : un appel, une angoisse, une détresse, la faim, un mal-être, une demande, une manière de s’exprimer, une exigence, de la tristesse, de la douleur, le sommeil, la souffrance, un besoin, etc.

Pourquoi avons-nous autant de représentations négatives des pleurs ?

Les pleurs sont parfois considérés comme un moyen de manipulation utilisé par le bébé pour obtenir ses fins, ou encore, l’expression d’une souffrance, avec le besoin de le considérer, et d’être consolé. Vous avez probablement le sentiment parfois que votre bébé vous teste, et que, si vous cédez maintenant, vous le regretterez !

Or pour être capable de manipuler quelqu’un, il faut avoir la capacité de réfléchir consciemment, ce qui n’est pas le cas pour un bébé. Votre bébé n’est pas en capacité de faire des choses pour vous tester, ça ne peut pas être non plus une manipulation voulue de sa part.

3- Quelques données neurophysiologiques des pleurs :

Nous avons 3 cerveaux :

Le cerveau cortex : ce cerveau est dit de l’intelligence supérieure. C’est le siège du QI, du raisonnement, du vocabulaire, de la créativité et de la solidarité, de la réflexion, de l’empathie.

Le cerveau limbique : ce cerveau est le cerveau de l’intelligence émotionnelle, siège des émotions, de la mémoire, des premiers apprentissages d’acquisition et de l’instinct.

Le cerveau reptilien : ce cerveau est le cerveau des automatismes, de la survie, celui qui nous maintien en vie (l’équilibre, la température, la faim, réaction face au danger – fuite, attaque, sidération).

Les pleurs ne sont pas associés au cerveau cortex. Ils ne sont pas « réfléchis ». Un adulte est-il capable de pleurer sur commande ? A part un très bon comédien, non ! Les pleurs ne se commandent pas. C’est pour cette raison que les pleurs des petits ne peuvent pas être considérés comme des caprices, anatomiquement cela n’est pas possible.

4- Alors à quoi correspondent les pleurs ?

Pour comprendre les pleurs nous devons comprendre notre système nerveux composé du système nerveux sympathique (activé en situation de stress) et parasympathique (activé en situation de détente).

L’être humain connaît un cycle « stress-détente ». Un être humain passe du stress à la détente grâce au langage, à l’activité physique, aux bâillement, etc. Le bébé, lui,  ne peut se détendre ni par le langage ni l’activité physique. Il ne reste donc que les pleurs.

Et oui, un bébé pleure car c’est un moyen de se décharger du trop de stress en lui.

Pourquoi les femmes enceintes pleurent-elles plus (et bien souvent sans raison)? Parce que par ce biais et inconsciemment, la femme élimine ses toxines pour que le bébé soit moins contaminé par ses hormones de stress.

 

5- Comment un bébé peut-il être stressé ?

Dans le quotidien, nous pouvons repérer plusieurs facteurs de stress à l’origine des pleurs:

Le stress prénatal: dans le ventre de sa mère, un bébé peut ressentir le stress de sa maman, de l’environnement stressant qui l’entoure (bruit, déménagement, tensions familiales, etc).

Le stress post-natal : naissance, découverte de la vie, frustration liée à l’apprentissage, etc. Un tout petit a un réservoir de stress : les pleurs sont un moyen d’éliminer le trop plein.

Il existe 10 000 raisons d’avoir besoin de pleurer pour relâcher la pression.

Lorsque l’on sait cela, tout de suite, notre regard sur les pleurs change. Cependant, ce n’est pas parce que l’on connaît la raison des pleurs, qu’ils sont forcément plus supportables.

En effet, le bruit des pleurs peut provoquer de la fatigue, de l’irritabilité, de l’épuisement, de l’oppression chez les adultes !

6- Alors comment faire face aux pleurs ?

Posez-vous la question : comment se comporte-t-on face à un adulte qui pleure ? Pourquoi a-t-il besoin de pleurer ? Si c’est incongru de stopper les pleurs d’un adulte, pourquoi le fait-on avec un tout petit ?

Ce n’est pas forcement conseillé de stopper les pleurs avec des objets : tétine, pouce, doigt d’un parent, ordinateur, médicament homéopathiques, musique, mobile, télé, nourriture, chanson, biberon, etc. En effet, il ne faut pas transformer ces objets en « objet consolateur » pour réprimer les pleurs.

Il ne faut pas non plus essayer de refouler les pleurs, cela peut avoir des conséquences notamment sur le refoulement des émotions négatives et l’accroissement du stress. Un sentiment de culpabilité peut également en ressortir, ainsi qu’un sentiment de honte, d’embarras.

La solution est d’accueillir les pleurs : prendre en compte le besoin fondamental du tout petit à ce moment. Accompagner les pleurs (consoler) ne veut pas dire forcement les stopper, mais être en interaction avec le bébé (physique ou visuel) – je pense à toi, je ne t’oublie pas – contact visuel, tendresse.

7- Les bienfaits des pleurs : élixir de l’attachement

Les pleurs permettent :

– Une personnification positive : « ça m’arrive à moi, je le ressens »

– Une prise de conscience (ce n’est pas catastrophique, je n’ai pas à m’excuser).

– Une connaissance du monde rassurante (si ça ne va pas, on me vient en aide) ;

Les pleurs sont là pour « tourner la page ». Le tout petit a juste besoin d’aller au bout de son besoin de pleurer, et que l’on réponde à son instinct de refuge : contact physique, portage. Le contact (par la tendresse, le langage, le regard) permet l’activation du bulbe olfactif qui active la sécrétion d’ocytocine.

Les pleurs sont donc une réponse au besoin d’instinct, de refuge.

Un bébé qui pleure a besoin de remplir son réservoir d’ocytocine : ce contact peau à peau avec sa maman lors d’un câlin par exemple, lui permet de se sentir aimé, accepté tel qu’il est, en sécurité.

Pleurer améliore même l’apprentissage. Un bébé bien accompagné qui pleure à satiété, pleure en réalité beaucoup moins que les autres.

Pour résumer nous pourrions dire que les pleurs sont l’acte de triomphe du tout petit pour intégrer des situations stressantes. C’est également l’expression du système d’attachement pour se sentir en sécurité.

« Bien pleurer (c’est-à-dire pleurer en étant accompagnée et accepté tel qu’on est) est un processus qui permet de se libérer de la souffrance »

A tous les âges de l’enfance et de l’adolescence, on retrouve d’ailleurs ce besoin d’être consolé.

Pour vous inscrire au prochain colloque de Zo&Ki, c’est par ici !

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